Enseigner au Cameroun avec Marie-Laure

Enseigner au Cameroun avec Marie-Laure

Aujourd’hui nous prenons la direction du Cameroun pour faire connaissance avec Marie-Laure, juriste reconvertie en professeur des écoles depuis 2016, qui est désormais maîtresse d’une classe de CE1/CE2 au Lycée Français de Douala depuis la rentrée 2019.

Vous voulez vous expatrier avec votre famille mais vous vous posez des questions ? Vous avez peur que vos enfants ne s’adaptent pas ? Notre entretien avec cette maman de trois enfants sera l’occasion d’aborder plusieurs points qui peuvent être sujets de questionnement lorsque l’on réfléchit à un tel projet. Nous suivrons ainsi le trajet de Marie-Laure et sa petite famille depuis le départ de France jusqu’à l’arrivée au Cameroun. Une fois sur place nous aborderons la question de l’acclimatation dans un nouveau pays, dans un nouvel établissement ou encore la manière de faire classe et le bilan d’une telle expérience.

C’est parti, direction le Cameroun !

Bonjour Marie-Laure, merci d’accepter de partager votre expérience avec l’école d’ailleurs !

Comment s’est passé le départ ?

L’école d’ailleurs : Alors, Marie-Laure, dites-nous tout, comment avez-vous pris la décision de partir ?

Marie-Laure : Nous souhaitions depuis longtemps partir à l’étranger mais ma carrière (de juriste) m’offrait peu de possibilités. Puis en 2016 je me suis reconvertie car je souhaitais retourner à mon premier souhait de carrière, prof des écoles. Une période de chômage/ travail à temps partiel et trois enfants devenus plus autonomes (ils ont aujourd’hui 14,11 et 10 ans) m’ont permis de préparer le concours. Ma reconversion a ouvert de nouvelles portes.

C’est génial ça ! Et comment s’est passé votre parcours de candidature ?

J’ai participé à une réunion syndicale de l’AEFE (Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger) sur le sujet qui m’a donné énormément d’infos que je n’avais trouvées nulle part.

J’ai ensuite postulé personnellement dans des établissements à l’étranger en privilégiant les continents moins demandés (Afrique, Asie et Amérique du Sud). Nous avions tout de même rejeté certains pays pour des raisons sécuritaires.

D’accord. Comment avez-vous postulé exactement ? Quelles sont les démarches ?

Pour postuler j’ai adressé un dossier de candidature aux différents établissements. Ce dossier se fait en ligne pour certains pays, via internet ou encore (plus surprenant aujourd’hui…) par envoi postal.

Un premier tri est effectué par les établissements puis les choix sont validés par l’inspection.

Nous devons ensuite demander notre détachement, ce qui n’est pas évident à obtenir suivant le département concerné (département déficitaire ou non).

Sous quel statut êtes-vous partie ?

Je suis partie en contrat de résident. Comme il faut être dans le pays depuis 3 mois pour y avoir droit, le lycée nous emploie en contrat local de septembre à décembre puis au 1er décembre, on bascule en contrat résident.

Vous avez donc obtenu votre détachement et avez pris votre envol pour le Cameroun en famille !

Changement de continent, quelle adaptation ?

Douala sur la carte

Une fois arrivés, comment s’est passée votre installation ? Vous êtes-vous facilement acclimatés ?

Un chauffeur est venu nous chercher à l’aéroport et le trajet a été une véritable découverte pour nous. Je dois reconnaître que les enfants avaient l’air un peu perdus et décontenancés.

Ils ont été rassurés quand ils ont vu que la résidence qui nous était réservée, bien que située dans un quartier plutôt populaire, possédait un certain standing.

Dès le lendemain, une fois les premières découvertes effectuées nous étions contents d’y être.

Il faut tout de même reconnaître que nous avions un peu peur de sortir au début car nous avions eu une réunion au consulat qui nous avait dressé un portrait alarmiste de la sécurité à Douala. Mais nous avons fait connaissance, via l’école, avec des expats’ qui vivaient là depuis un petit moment et nous ont démontré qu’il n’y avait pas de risque à se promener à pied ou à vélo dans les rues. Je me suis rendue compte que dans la rue les gens étaient soit indifférents à notre présence, soit curieux et avaient envie de faire connaissance et discuter avec nous.

Nous avons aussi profité des vacances scolaires pour visiter le pays et nous aventurer dans des petits villages. Cela nous a permis de sortir un peu de notre confort d’expatriés et de découvrir le quotidien des camerounais.

Une fois sur place, le pays était-il conforme à ce que vous aviez imaginé ?

Nous avons un ami géologue qui a beaucoup travaillé là bas et sa femme (nigérienne) nous avait expliqué que la vie sur place pouvait être difficile. Nous avions conscience que la vie ne serait pas celle que nous connaissons en Europe. Finalement, en étant aussi préparés mentalement nous avons été plutôt positivement surpris.

Une expatriation n’est pas toujours facile à vivre, surtout lorsque l’on part en famille. Ce changement n’a pas été trop difficile à vivre pour votre mari et vos enfants ?

Pour mon mari c’est le travail qui a été un problème au début. Il est dans le bâtiment donc nous espérions qu’il trouverait rapidement du travail sur place (grave erreur…. Il n’y a plus de poste pour les étrangers en Afrique, sauf pour les gros postes de DG ou directeur financier).

Mais le plus dur a sans doute été pour mes enfants. Le plus grand et la petite avaient manifesté leur refus de partir dès le début du projet, donc ils étaient déjà préparés. Mon fils de 10 ans, lui, était plutôt enthousiaste à l’idée de partir mais l’arrivée l’a complètement refroidi. Il a énormément pleuré, jusqu’à la Toussaint avant de se faire à son nouvel environnement.

Une nouvelle école, ailleurs

Intéressons nous maintenant à vous et au métier de prof à l’étranger =)

Un nouvel établissement

Comment s’est déroulée votre arrivée au Lycée Français de Douala ? Avez-vous vite réussi à prendre vos marques ?

Je me suis très vite sentie à l’aise. Après avoir enseigné pendant 3 ans (dont une année en Réseau d’Education Prioritaire) en France, l’arrivée dans un lycée français a été un sacré changement pour moi. Du coup, j’ai très vite pu trouver une place dans l’établissement et je crois pouvoir dire que j’avais de bons rapports avec les parents également.

La rencontre avec les nouveaux collègues

Votre intégration dans l’équipe pédagogique s’est elle bien passée ?

Oui, j’ai très vite construit d’excellents rapports avec deux collègues, une habituée de la vie d’expat’ et une autre qui était dans la même situation que moi. La première (avec son mari) nous a fait découvrir le vrai Cameroun, la vie locale. En plus, nos enfants et nos maris se sont très bien entendus 🙂

La découverte de nouveaux élèves

Arriver devant de nouveaux élèves peut être une véritable épreuve pour un professeur. Comment cela s’est-il passé pour vous ? Les élèves vous ont-ils réservé un bon accueil ?

Les élèves sont très particuliers. Ils sont très adaptables. Ils s’adaptent donc très facilement aux nouveaux professeurs.

Quel rapport aviez-vous avec eux ?

Le rapport aux élèves est bien plus fort qu’en France. En effet, la communauté française n’est pas si grande, nous sommes donc amenés à les côtoyer autrement (amis avec les parents, soirées de la communauté française, amis de nos enfants, enfants de collègues, etc).

Et combien y avait-il d’élèves par classe ?

Les classes étaient peu chargées 20/22 élèves par classe. Le tarif de l’école est élevé et les parents demandent en retour une certaine qualité d’enseignement. Celle-ci commence, à mon avis, par des classes peu chargées….

Qu’est ce qui vous a marqué chez vos élèves à Douala ?

Les élèves sont très ouverts. Ils sont amenés, de par leur vie particulière, à voyager à travers le monde, rencontrer beaucoup de gens différents, des cultures différentes, etc. Ils s’intéressent à beaucoup de chose et sont très curieux.

Et diriez-vous que vos élèves avaient un bon niveau ?

Les élèves proviennent pour la plupart de familles aisées. Plusieurs mamans ne parlaient pas français mais faisaient appel à des répétiteurs. Les élèves présentaient donc de bons niveaux scolaires. Les plus en « difficulté » étaient ceux venant de France….

Faire cours dans un lycée français à l’étranger

Parlons maintenant de la pédagogie sur place, emmenez nous en classe avec vous 😉 D’un point de vue pédagogique y a t-il des différences avec la France ? L’adaptation a-t-elle été difficile ?

L’enseignement en école française est soumis au programme français. Il n’y a donc pas de différence. Ce qui est plus compliqué est d’adapter ce programme à la réalité locale (monnaie différente, saisons différentes : certains élèves n’ont jamais connu l’hiver ou l’automne, etc).

Et au niveau des infrastructures, aviez-vous les moyens de travailler correctement ?

Les infrastructures sont excellentes : piscine et gymnase du collège, grandes classes climatisées, grande médiathèque, salle polyvalente, etc.

Nous avions accès à tout ce que nous demandions en matière de fournitures. De plus, les familles étant aisées, nous pouvions demander aux parents des participations supplémentaires.

De votre point de vue, quelles sont les différences majeures avec la France ?

Les différences les plus importantes sont le niveau des élèves et les fournitures proposées. Tout projet peut être suivi de financement. Nous n’avons pas besoin d’avoir recours à du « bidouillage » ou à nos ressources personnelles comme en France.

Cela vous a-t-il permis de développer certaines techniques pédagogiques ?

J’ai pu développer le travail en groupe mais aussi sous forme ludique. Les enfants sont effectivement bien plus réceptifs et plus sérieux.

L’emploi du temps

Parlons maintenant de l’emploi du temps, comment se déroule une journée type ?

Les horaires scolaires sont adaptés à la réalité du pays. Ainsi, au Cameroun, compte tenu de la chaleur, les élèves commencent tôt (8h), finissent à 12h30 et ne reprennent que deux après-midi par semaine pour 2h. Les cours s’étalent du lundi au vendredi, tous les jours.

Combien d’heures de cours hebdomadaires ?

Le même nombre qu’en France, là encore, nous sommes soumis au programme français et aux obligations de service françaises. Notre seule liberté est sur l’organisation de ces heures.

Le bilan

Dressons maintenant le bilan de votre année au Cameroun 🙂

Cela a-t-il changé votre vision de l’école ?

J’ai pris beaucoup de plaisir à exercer en lycée français. Cela m’a conforté dans ma décision de reconversion. J’ai vraiment eu le sentiment d’exercer pleinement mon métier d’enseignante.

Eu égard à votre expérience, quels procédés aimeriez vous voir adaptés en France ?

Les classes en France sont bien trop chargées. Il me semble qu’un allègement des classes amènerait une vraie progression, tant pour les enseignants que pour les enfants. Par ailleurs, l’accès à des ressources multipliées est une vraie manne. Cela permet de diversifier nos techniques d’enseignement.

Enfin, j’ai compris l’intérêt d’un enseignement sur 5 jours. Alors même que j’y étais opposée en France, mes enfants l’ayant mal vécu, j’ai constaté que cela fonctionnait très bien au Cameroun. Cependant, les enfants disposaient de trois après-midi complets de repos par semaine. Les deux après midi travaillés étaient consacrés à des matières plus légères. C’était l’organisation idéale pour les enfants ! je ne me serais jamais imaginée y adhérer !

Que voulez-vous transmettre comme message aux élèves français ? De quoi aimeriez-vous qu’ils s’inspirent ?

J’aimerais qu’ils s’ouvrent sur d’autres pays, qu’ils les voient comme accessibles dans leur avenir. Mais aussi qu’ils prennent conscience que certains élèves, au lycée français, arrivent, à force de travail, à apprendre le français en une année et ce parfaitement. Ces élèves maîtrisent deux, parfois trois ou quatre langues.

Et à vos collègues en France, quel message souhaiteriez-vous leur faire passer ?

Le lycée français fonctionne aussi très bien grâce à l’implication des parents. Ils ont un accès complet à l’école. Des journées portes ouvertes sont organisées sur l’école avec les parents, ils sont impliqués dans les différents projets et j’ai eu le sentiment que cela rendait l’école plus dynamique, les parents moins méfiants…. Peut-être devrions nous travailler à investir plus les parents et moins cliver.

D’un point de vue général, qu’est ce qui vous a le plus marqué lors de votre séjour ?

Ce qui m’a le plus marqué, c’est le décalage existant en Afrique entre pauvres et riches. Il n’existe pas d’intermédiaires. En tant qu’européens, nous avons été propulsés dans un monde « de riches » qui ne nous correspondait pas forcément et nous mettait parfois très mal à l’aise… la relation avec les employés notamment était parfois déroutante…

Et pour terminer, avez-vous quelques anecdotes rigolotes à nous raconter ?

Plein ! comme ces cercueils transportés en taxi, ou les congélateurs montés sur des moto-taxis pour les transporter.

Mais aussi les éco cases dans un village où les habitants avaient voulu construire de vraies toilettes pour les vacanciers. Cependant, n’ayant jamais vu de toilettes, ils ne savaient comment les monter et ont donc cassé le siphon pour enterrer la toilette dans une dalle de béton, ça n’était pas très confortable… mais les camerounais sont très humbles et toujours à l’écoute. Ils ont donc monté les toilettes suivantes en respectant nos conseils.

Eh bien, merci beaucoup Marie-Laure pour cette expérience qui, nous en sommes sûrs, sera utile à beaucoup d’enseignants souhaitant tenter l’expérience !

Comme vous avez pu le voir une expatriation en famille peut être une véritable aventure, un vrai dépaysement mais bien souvent, une fois le choc passé, la vie se fait normalement et l’on y prend goût. D’autre part vous pouvez constater que si vous partez enseigner dans un lycée français vous ne serez pas trop dépaysé d’un point de vue professionnel. En plus, les conditions de travail seront peut-être plus agréables qu’en France 😉

Alors qu’attendez vous pour aller manger de bons Ndolés, boire du Bissap et surtout faire cours au Cameroun ?

Steven Mercier

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