Enseigner en Allemagne avec Axelle

Enseigner en Allemagne avec Axelle

Aujourd’hui, nous faisons connaissance avec Axelle qui est partie enseigner le français (et le sport) en Allemagne grâce au programme d’échange franco-allemand de l’OFAJ. Après avoir passé deux ans dans une école à Dresde, avec des classes allant du CP jusqu’au CM2 (de 6 à 11 ans), elle a décidé de poursuivre l’aventure !

Vous voulez partir enseigner ailleurs qu’en France ? Vous êtes curieux de savoir comment se passent les cours chez nos voisins européens ? Grâce à Axelle, abordons ensemble toutes les questions qui peuvent se poser à un professeur des écoles qui désire tenter l’expérience de l’expatriation. Nous allons ainsi parler du départ et de l’arrivée dans un nouveau pays, du rapport avec les collègues et les élèves ainsi que des différences pédagogiques. Alors c’est parti, direction Dresde!

Le départ comment ça se passe ?

L’école d’ailleurs : Bonjour Axelle ! Merci beaucoup d’avoir accepté de partager ton expérience avec nous !

Commençons tout d’abord par le début (c’est mieux ;)) et parlons un peu de ta volonté de départ. Quand as-tu su que tu voulais partir ? Qu’est-ce qui a motivé ton départ ?

Axelle : J’ai fait mes études à l’ESPE de Montpellier et on avait la possibilité de partir faire des stages à l’étranger. J’en ai fait un à New York et un au Costa Rica. Et aussi, pendant mon Master à Strasbourg, pour la rédaction de mon mémoire, je suis allée dans une école internationale à Amsterdam. C’était assez court à chaque fois, c’était des stages de 6 semaines / un mois. C’est comme ça que j’ai développé le goût de l’enseignement à l’étranger =)

D’accord! Et avant de partir est-ce-qu’il y a des pré-requis ? 

J’ai d’abord travaillé trois années en France, parce qu’avant une ancienneté de 3 ans dans l’éducation nationale c’est compliqué de demander une année de disponibilité ou de pouvoir participer à un programme d’échange.

Et pourquoi l’Allemagne ?

Un beau jour, durant ma troisième année, j’ai reçu un e-mail de l’OFAJ (Office Franco-Allemand de la Jeunesse), et je me suis dit, “ l’Allemagne, pourquoi pas? ”. A la base je préférais partir dans un endroit où on parle plutôt anglais ou espagnol. Je travaillais en Alsace, j’étais pas très douée en Allemand mais je me suis dit “ c’est le moment d’apprendre ! ”.

Comment s’est passée ton affectation ? Est-ce que les démarches ont pris beaucoup de temps ?

L’OFAJ existe depuis 50 ans donc ils sont super bien organisés. Ils m’ont contactée en Avril pour m’annoncer que j’avais été retenue pour faire partie de l’échange franco-allemand. Et en Mai on avait une réunion d’information à Francfort avec tous les enseignants de l’échange.

Ah oui, donc ça a été plutôt rapide en somme ! Et après est-ce qu’il y a eu une formation à suivre ? Pour s’adapter aux techniques d’enseignement allemandes ?

On a eu presque trois semaines de stage de remise à niveau culturelle et linguistique en Août à Berlin avec tous les français et tous les allemands qui participaient à l’échange. Parce que, même si c’est l’Europe, en Allemagne il y a quelques différences culturelles qu’il faut préparer.

Et comment s’est déroulée la préparation ?

Le matin on avait des cours linguistiques et l’après-midi des cours d’adaptation culturelle. C’était parfois assez ludique, parfois assez compliqué, on se retrouvait de 8 heures à midi et de 14 heures à 17 heures alors que tout le monde était en vacances… Enfin le mois d’Août quoi ! Au final, ça a vraiment valu le coup. Cette formation m’a été très utile et bénéfique tout le long de mes 2 années d’échange.

A la fin du stage on est tous allés dans nos villes d’échange respectives. Moi je suis allée à Dresde.

C’est très bien, la transition est toute faite =) Parlons maintenant de ton arrivée dans le pays.

Nouveau pays, nouvelle vie

La vraie question, celle que tout le monde se pose avant de partir, c’est de savoir comment ça va se passer une fois sur place. Comment s’est passée l’installation pour toi, d’un point de vue personnel ?

Par rapport à ma vie privée ça a été ! J’ai trouvé un appartement, un club de sport et avec mes collègues, socialement, ça s’est développé. Franchement, au final ça roule, c’est juste le temps qu’on soit installé et puis après on se fait son petit quotidien ici.

Nouvel établissement, nouveau cadre de travail

Eleves allemands
Axelle et ses élèves en voyage scolaire

Alors, au niveau de l’arrivée dans l’établissement, comment ça se passe ? Quel est ton statut une fois sur place ?

Je n’étais ni en détachement ni en dispo c’était plutôt un échange poste pour poste. Il y a une allemande qui est venue prendre mon poste à Strasbourg et moi je suis allée à Dresde. Ce contrat il est renouvelable une fois donc on peut partir deux ans. C’est ce que j’ai fait de 2018 à 2020 et ça s’est super bien passé !

Après, comme je ne pouvais plus redemander cet échange, puisque j’avais déjà fait deux ans, j’ai demandé un détachement et je vais continuer à travailler dans la même école =D

Comment s’est passée ton intégration dans l’établissement ?

Je travaillais et dans un jardin d’enfants (KinderGarten) et dans une école. Je faisais mi-temps à l’école, mi-temps à la KiTa (Kindergarten). Tout le monde était super content de recevoir une française à l’école et au jardin d’enfants. J’ai été très bien accueillie !

Et parlons peu, parlons bien ! Comment ça se passe niveau rémunération sur place ?

Nous on continue à être payé par la France et on a une petite prime de déplacement. Cependant, on reste agents français et les allemands restent agents allemands.

La réalité était-elle conforme à tes attentes ou as-tu eu des surprises ?

Oui, la réalité a été conforme à ce que j’espérais et ce qui m’a le plus marqué c’était l’organisation allemande, super claire. L’emploi du temps aussi! Tous les élèves sont lâchés pour faire des activités l’après-midi et j’ai trouvé ça génial pour les élèves.

Les rapports avec les collègues

D’accord cool ! Et il y a une angoisse qui doit exister quand on arrive dans un nouvel établissement et qu’on ne connaît personne. Comment ça s’est passé pour toi ? L’équipe pédagogique t’a-t-elle bien accueillie ?

Avec les collègues ça s’est super bien passé, même si culturellement il y a des petites choses un peu étranges en Allemagne qu’on ne voit pas en France.

C’est intéressant ça ! Quoi par exemple ?

La distance entre les collègues parfois (on en vouvoie certains). Ça m’a pris peut-être un an pour être intégrée dans le groupe des collègues mais maintenant ça se passe super bien, personne ne voulait que je parte !

Après, j’ai aussi entendu dire que je faisais du bon travail donc forcément ça donne des bons liens avec l’équipe pédagogique.

Quel est le rapport de travail entre profs en Allemagne ?

On travaille beaucoup à deux dans mon école donc on a soit une classe à deux soit deux classes à deux. On bosse énormément en équipe et ça se passait très bien à chaque fois.

Justement, parlons un peu de la classe et de ton rapport aux élèves.

Les élèves, ces créatures qu’il faut apprivoiser

Il est parfois difficile de faire face à une classe. Les élèves peuvent être de véritables petits monstres (oui, on peut le dire, il n’y a rien de mal à ça 😉 ), comment ça s’est passé pour toi ?

Les élèves sont très contents d’avoir du français ! Moi j’ai eu une super relation avec toutes les classes.

Après il y en a qui exagèrent… Parce qu’on est la prof de français et qu’on n’est pas là depuis longtemps ils se permettent de nous tester. Le temps qu’on se fasse une petite place dans l’école (ça met quelques semaines, quelques mois avec certains) et après ça roule.

Quel était ton rapport avec eux ?

J’ai eu des bonnes ambiances de travail la plupart du temps donc très positif à ce niveau là ! Et puis on a un petit lien particulier aussi… La langue c’était un frein au début mais on s’est aidé, eux m’aidaient en Allemand, moi je les aidais en Français et ça nous a rapprochés. Maintenant on en rigole. Ils me disaient “ au début quand tu es arrivée tu comprenais rien, on te disait un mot et tu savais pas et maintenant on peut parler avec toi en allemand et en français, c’est trop bien ! ”. Et puis en plus dans cette école ils ont l’habitude, à chaque fin d’année, avec toutes les quatrièmes classes (équivalent CM2 français), de faire un grand voyage de fin d’année où ils partent 10 jours en Bretagne, donc forcément on partage une expérience assez forte. En plus, les élèves peuvent enfin utiliser le français en France et ça c’est vraiment bien.

Et en parlant de ça, profitons-en pour parler des techniques pédagogiques. Parce qu’il y a forcément des différences, non ?

Les techniques pédagogiques

Après avoir été formée selon les poncifs de l’éducation “ à la française ”, a-t-il été difficile de t’adapter à la méthode allemande ?

Pour l’adaptation ça a été, dans ma classe j’avais des manuels de français et ils étaient super bien fournis, il y avait aussi des logiciels, du matériel, un TBI (Tableau Blanc Interactif). Et puis, j’étais une jeune enseignante donc s’adapter c´est mon quotidien depuis ma première année en tant que professeur des écoles ! 🙂

Et est-ce-que les méthodes que tu as apprises en France t’ont été utiles là bas ? As-tu pu les mettre en place ?

Je n’ai pas pu utiliser mes méthodes françaises parce qu’elles étaient trop vieillottes (je l’ai vite remarqué). Elles étaient surtout trop frontales pour des élèves allemands. Donc j’ai dû m’adapter parce qu’un cours frontal, à la française, ça ne fonctionne pas avec des élèves allemands… c’est pas adapté pour ce genre de culture. Les élèves sont beaucoup plus dans l’interaction et dans la construction des savoirs que dans la réception d’infos.

J’ai trouvé ça assez intéressant mais c’était quand même pas facile parce que, du coup, il y a du bruit tout le temps dans une classe allemande. C’est impressionnant. Ce n’est pas  » le professeur est devant, les élèves écoutent « . C’est plutôt un brouhaha continu mais un brouhaha constructif. Mais j’ai eu quand même certaines migraines au début 😉

Justement, en parlant de pédagogie, comment se déroulaient tes cours ?

J’avais les manuels, le matériel de classe, l’ordinateur connecté en salle de français et puis mes trois années d’ancienneté avec mes idées. Avec les élèves on a beaucoup échangé. Je travaillais aussi par petites vidéos françaises. Je leur demandais les thèmes qui les intéressaient, ils m’en donnaient et j’essayais de trouver des activités, des petites leçons, des choses sympas en rapport avec leurs envies.

Les conditions de travail

Et à part la liberté pédagogique, en Allemagne qu’est-ce qui t’a vraiment plu dans les conditions de travail ?

Par rapport aux conditions de travail, j’ai trouvé l’aménagement des horaires et l’emploi du temps en Allemagne vraiment bien pensé aussi bien pour les élèves que pour les enseignants. Les élèves ont classe de 7 : 45 à 13 : 50 (des pauses de petits-déjeuner, récréation et cantine sont prévues entre-temps) ; ensuite ils sont libres de faire des activités avec le périscolaire jusqu’à 17 : 45 chaque jour. Les élèves ont vraiment du temps pour s’épanouir dans des activités autres que scolaires.

Pour les enseignants, cela nous laisse du temps l’après-midi pour préparer nos classes, faire nos corrections… En France on termine à 16 : 30 et le travail est loin d’être fini une fois à la maison, c’est vraiment compliqué ! Il y a aussi le fait que les attentes allemandes me conviennent plus que les attentes françaises. Parce qu’on est plus libres dans nos enseignements, on n´est pas infantilisés si je peux dire. Dans le système français on surveille toutes nos heures, on nous demande de faire des animations pédagogiques, on nous demande ci, on nous demande ça… Là non ! On a sa classe, on a ses heures, on s’organise et puis on est adulte, enseignant, on a notre diplôme et notre concours donc on est capable de faire bien notre métier sans avoir l’impression d’être surveillé tout le temps. J’ai vu mes collègues allemands plus zen à ce niveau dans leur rôle de professeur à l´école.

L’organisation du temps scolaire en Allemagne

Raconte nous un peu comment se déroule une semaine type d’école en Allemagne. Combien d’heures hebdomadaires ? Comment s’articulent les journées ?

La structure de la semaine en Allemagne c’est 28 heures hebdomadaires dans mon Land (Saxe), du lundi au vendredi (de 7h45 à 13h50 max) avec des options l’après-midi. Ça peut être des échecs, du sport, du bricolage, la préparation du DELF (Diplôme d’Etudes en Langue Française), du Handball…

J’ai eu la possibilité de prendre une option extra scolaire de DELF. C’était sympa, d’autant plus que ce sont des élèves qui ont une motivation réelle pour le français.

Et parlons d’un truc qui est agréable dans le métier de professeur, les vacances ! Comment ça se passe en Allemagne pour les vacances scolaires ?

Pour les vacances scolaires c’est un tableau fédéral un peu comme les zones en France. On en a un petit peu moins qu’en France mais bon on a quand même (en Saxe) :

  • deux semaines à la toussaint
  • deux semaines à Noël
  • deux semaines en Février
  • une semaine en avril

Et puis les vacances d’été un peu moins qu’en France mais ça va. Moi j’étais quand même moins fatiguée pendant mes années allemandes que pendant mes années françaises donc je ne me plains pas.

Bilan

En tout cas tu sembles vraiment t’y être faite à l’école allemande ! Du coup, avec une si bonne expérience, il y a probablement des choses que tu aimerais ramener dans tes bagages ? Au niveau du système scolaire s’entend 😉

Oui ! L’Allemagne ça m’a vraiment remotivée dans mon métier. Surtout, après trois ans en France où j’avais eu des classes très complexes, où j’avais pas trop été aidée ni soutenue.

J’ai envie d’emmener cette atmosphère de travail plus ouverte, plus relax, plus flexible à mon retour en France. Et si je reviens en France, je pense que je laisserai mes élèves être un peu plus autonomes, je tenterai de leur laisser plus de liberté dans certaines missions de classe ou missions d’élèves. Le métier d’élève c’est bien mais le métier d’enfant, le métier social, c’est un élément beaucoup plus travaillé en Allemagne qu’en France.

Il y a une différence entre l’Allemagne et la France, en France on dit “ Travaille bien à l’école ” en Allemagne on dit “ Amuse-toi bien à l’école ”.

Il faudrait trouver une balance entre les deux. Il faut travailler mais il faut aussi s’amuser parce que c’est beaucoup d’années et d’heures dans sa vie qu’on passe à l´école, je voudrais que les élèves en gardent le maximum de souvenirs positifs.

Et en t’étant familiarisée avec d’autres méthodes, quel conseil tu donnerais à tes collègues en France ?

Si je peux donner un conseil à mes collègues français, c’est de se mettre moins la pression à nous et aussi à nos élèves. C’est vrai qu’il y a des programmes, qu’on a une pression assez forte, mais il faut qu’on trouve un moyen de détendre nos enseignements (facile à dire je sais) parce qu’au final, les élèves allemands ne sont pas moins bons que les français et inversement.

Et d’un point de vue personnel ? Qu’est-ce que cette expérience a changé pour toi dans ton rapport à ton métier ?

Cette expérience m’a permis de reprendre à zéro. J’ai gardé mon bagage français (parce que j’ai quand même été formée en France) mais j’ai pu le compléter avec les méthodes allemandes.

Est-ce qu’il t’es arrivé des trucs un peu drôles pendant ton séjour ? Des incompréhensions cocasses ?

Des anecdotes j’en ai plein, surtout qu’il y avait la barrière de la langue au début donc je me suis trompée plein de fois. Mes collègues se sont vraiment moqués de moi pas mal de fois. Mais ça va, ça restait très bienveillant. En vrai française j’arrivais souvent en retard aux réunions, pas par mauvaise volonté mais simplement parce que je ne comprenais pas les salles de rendez-vous, les horaires ou les changements de dernières minutes, j’ai fait rigoler la salle des profs quelques fois c’est certain !

Le tableau des remplacements aussi c’est vraiment quelque chose en Allemagne ! Tous les matins on se rend en salle des professeurs pour vérifier qu’un enseignant n’est pas malade ou absent. Le cas échéant, il n’existe pas de remplaçant en Allemagne donc c’est à nous collègues de se remplacer. Nos emplois du temps sont modifiés pour la journée. Évidement j’avais absolument rien compris au début… Jusqu’à ce que la directrice adjointe vienne me chercher dans une de mes classes pour dire que j’étais dans la mauvaise et que j’étais aujourd’hui en remplacement dans une autre classe à cause de l’absence d’une autre enseignante. Elle avait passé 20 minutes à mes trousses dans l’école car les élèves étaient restés seuls à m’attendre. On a bien rigolé et après j’ai enfin compris l’importance du « vertretungsplan ».

Donc l’Allemagne c’est un peu le pays rêvé pour un prof ?

Je pense qu’aucun pays n’est parfait, mais c’est vrai que je me suis sentie très bien dans la pédagogie et l’enseignement en Allemagne. C’est important en Allemagne de faire correctement son travail et de ne pas se mettre la pression à soi mais aussi aux élèves. L’ambiance doit être détendue et bienveillante. J’apprécie l’idée et l’image d’une école comme une deuxième maison où on doit « s’amuser » et être heureux. Je n’ai vu l’enseignement et la pédagogie que dans deux établissements, je ne peux pas faire une généralité des faits observés pendant mes années à l’étranger mais ça peut aider certains collègues qui hésitent encore à se lancer dans l’aventure !

Eh bien, merci beaucoup Axelle d’avoir accepté de partager ton expérience avec nous, c’est super sympa et ça sera très utile à ceux qui hésitaient encore à partir.

Vous l’aurez compris, l’école en Allemagne c’est un lieu cool où les les conditions de travail sont agréables et où les rapports entre collègues et avec les élèves ne sont pas compliqués. Et puis ça reste l’Europe et c’est pas loin de la France pour ceux qui auraient le mal du pays. En plus, ils ont des Bretzels et de la bière, que demander de plus ? Allez, Bis Bald !

Steven Mercier

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